Il marchait doucement. La nuit l'entourait et semblait s'agripper à lui, comme pour l'attirer dans les ruelles sombres de ce quartier qu'il ne connaissait que trop. Mais il restait au centre de la route, à la lueur des réverbères, levant quelques fois ses yeux vers le ciel étoilé. Ces immeubles, ces bâtiments, ces parcs, tout autour de lui lui rappelait des souvenirs d'une autre vie. Il y avait si longtemps maintenant qu'il n'avait pas foulé ce sol, ni respiré cet air.
Après quelques minutes, il s'arrêta devant un grand immeuble de briques rouges, les mains dans les poches. Son immeuble. Les battements de son coeur était plus vifs et plus brefs, son souffle était presque saccadé. Entrant dans le porche, c'est avec un pincement au coeur qu'il vit que son nom de famille ne figurait plus sur aucune des boites aux lettres. C'était évident, bien sûr, mais quelque part, il avait espéré de nouveau pouvoir sonner à l'interphone et demander à sa mère de lui ouvrir. Mais sa mère était bien loin désormais. Seize ans. S'adossant au mur, des milliers de questions le hantaient. Qui habitait maintenant l'endroit où il avait grandi ? Etait-ce une personne de son âge qui l'avait remplacé et qui était devenu ami avec ses amis ? Et eux, où étaient-ils ? C'était cette question qui le torturait le plus. Seize ans après, qui sait s'ils étaient toujours en ville ? Et même, dans Brooklyn ? New-York était si grand, les retrouver s'ils n'habitaient plus au même endroit relevait de l'impossible.
Pourtant il le voyait, cet immeuble qui lui faisait face. Cet immeuble dans lequel il avait passé tellement de temps. Cet immeuble qui avait hébergé ses deux meilleures amies. Mais il n'osait pas bouger. De peur d'être déçu, sûrement, de voir qu'aucun de leurs noms ne figurait plus sur les boites aux lettres. Qu'elles avaient elles aussi disparu, emportant avec elles leurs souvenirs d'enfant. Mais peut-être étaient-elles toujours là, et c'est en cet espoir que Lucas crût. Pris d'un enthousiasme soudain, il remonta la fermeture de son manteau et s'engouffra une nouvelle fois dans la nuit, d'un pas plus déterminé cette fois. Il traversa le petit square, posant son regard sur les petits bancs et le bac à sable, réprima un sourire et reporta son regard sur l'immeuble. Levant la tête, il compta sept étages et porta son regard deux fenêtres sur la gauche. Pas de lumière. Son coeur se serra, mais Lucas continua d'avancer. Il devait savoir.
Il entra dans le porche, le coeur battant à tout rompre. Il se sentait idiot de ne pas se maîtriser comme ça, mais il ne pouvait rien y faire. Il voulait savoir, quitte à se prendre une nouvelle claque. Ce déménagement l'avait chamboulé, il avait mis longtemps avant de s'en remettre, avant de pardonner à ses parents. Aujourd'hui, c'était peut-être une nouvelle chance qui s'offrait à lui.
Son doigt parcourait les noms sur l'interphone. Par ordre alphabétique. Abraham, Addison, Ashton, Bishop, Brown, Carolina, Charleston, Colder, Dabushi, Denver... Elle n'était plus là. Davis. Plusieurs fois, Lucas recommença la liste de noms de famille, mais le résultat était le même. Brooke ne vivait plus ici. Pourquoi ses yeux le brûlaient-ils ? Pourquoi sentait-il les larmes monter en lui ? Une pulsion le prit aux tripes, et Lucas envoya valser son poing sur le mur de marbre qui lui faisait face.
_ Non mais vous vous sentez bien ?!
Lucas se retourna en sursaut au son de cette voix méprisante et colérique. Il n'avait pas fait attention à qui pouvait le voir, trop occupé à chercher là où il n'existait plus le nom de Brooke.
_ Ex...Excusez-moi, je voulais pas.
_ Je suis là à vous regarder chercher un nom depuis bientôt cinq minutes. Je peux peut-être rentrer chez moi maintenant...
_ Oh oui, je suis désolé. Excusez-moi.
Il s'écarta de la porte pour laisser passer la jeune femme. Ses cheveux blonds lui tombaient sur les épaules, ses yeux verts faisaient ressortir son teint hâlé et ses mains frêles tâtonnaient pour trouver la serrure. Lorsqu'enfin la porte s'ouvrit, et qu'elle disparut presque dans l'entrebaillement, elle se retourna vers Lucas.
_ Vous cherchiez quel nom ? Je peux peut-être vous aider, j'ai toujours vécu ici.
_ Oh. Je... Je cherchais deux personnes en fait.
_ Mais encore ?
_ Brooke Davis, et Peyton Sawyer.
La jeune femme fronça les sourcils, dévisagea Lucas puis baissa son regard vers son poing toujours serré.
_ Pour les tuer ?
_ Quoi ?!
_ Votre poing.
_ Oh! Non, non. Je... J'ai déménagé il y a longtemps et je voulais savoir si mes amis d'enfance vivaient toujours ici.
_ Je vois... Brooke Davis ne vit plus ici.
_ Elle est en ville ?
_ Je pense. Je ne sais pas ce qu'elle est devenue. Ses parents ont déménagé lorsqu'elle avait 16 ans. Je l'ai revue quelques fois, mais plus depuis longtemps.
_ Oh. Et... Et Peyton Sawyer ?
La jeune femme dévisagea de nouveau Lucas, de haut en bas, fronçant les sourcils lorsqu'elle croisa son regard. Elle semblait vouloir sonder le jeune homme, se perdre dans le bleu de ses yeux. Mais elle ne décelait rien que de la douleur. Les larmes envahirent soudain ses yeux, et sa mâchoire trembla violemment. Elle porta une main à son visage, ferma les yeux, et dû se retenir à la porte pour ne pas s'effondrer.
_ Mademoiselle ? Tout va bien ?
_ Je suis désolée...
_ Non, non, c'est moi je... Je vais partir je suis... Je suis désolé.
Lucas, perdu, se retourna face à la nuit, et, pour la énième fois, relaçant sa fermeture éclair, s'enfonça dans la nuit. Mais pour la première fois depuis son arrivée à New-York, quelque chose, quelqu'un l'en empêcha. Il sentit une pression sur son bras, un soupir lui chatouiller la nuque. Avait-il rêvé ? Ou vraiment son prénom avait été prononcé ? Ne sachant que penser, il se retourna, et n'eut d'autre choix que se plonger dans le regard émeraude qui lui faisait face.
_ Lucas Scott... ?
Ce fut comme un flash. Un éclair. Qu'importe. Mais il l'avait reconnue. Il savait. Ces yeux, ce sourire, ces boucles blondes. Ces doigts fins qui s'agrippaient désespérément à lui. Ses yeux se troublèrent de souvenirs, les larmes l'envahirent. Comme si les seize dernières années lui revenaient en pleine figure, le déménagement, la douleur. Tout n'était pas perdu. Tout ne s'était pas envolé. Elle était là. Et elle l'avait reconnu.
_ Peyton.
Enfin une suite, plus d'un mois plus tard. Et je m'en excuse. J'ai un manque cruel d'inspiration cet an-ci. J'ai mis plus d'une semaine pour vous pondre ça. Je sais même pas quoi en penser pour le coup.
J'ai pourtant trouvé le moyen de créer une autre histoire, avec une idée qui m'a traversé l'esprit la semaine dernière. Encore un coup de tête...
J'espère que vous avez apprécié,
Bises,
Chloé.
Ma nouvelle histoire = Iam-Here-For-You